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Transports et émissions de gaz
à effet de serre

Il est désormais banal de dire que les émissions de gaz à effet de serre (GES) provoquent, par leur accumulation dans l’atmosphère, une élévation progressive des températures d’une ampleur propre à déclencher un véritable changement de climat aux conséquences très graves en de nombreuses parties du globe. Des efforts considérables et coordonnés à l’échelle mondiale sont nécessaires pour empêcher un tel scénario, ou du moins en limiter la gravité, comme en ont convenu les 196 « parties » qui ont approuvé l’accord concluant la COP 21 tenue à Paris en décembre 2015. Cet accord n’est qu’une étape. Il doit maintenant être ratifié par un nombre suffisant d’États et se traduire dans des mesures effectives.

Si le transport est loin d’être la seule activité contribuant aux émissions, sa part est massive et constitue donc, nécessairement, un des champs où des réductions substantielles doivent être accomplies. Parmi les principaux secteurs d’activité, la contribution du transport aux émissions des pays de l’Union européenne est de 22 % (voir figure). Y apparaît aussi la singularité française, du fait des faibles émissions de son secteur de l’énergie. Il s’ensuit qu’en proportion les autres secteurs sont plus contributeurs que dans la moyenne européenne, et notamment le transport qui compte pour 33 % des émissions en France.

Émissions de gaz à effet de serre, moyenne par pays, en Europe (t/an/habitant, 2012)
Émission de gaz à effet de serre (en équivalent CO2)en Europe et en France (2012) –
Répartition par secteur économique (%)

L’importance du transport est d’autant plus grande que c’est la seule activité qui augmente ses émissions malgré les efforts, dont certains sont lancés depuis longtemps déjà, pour les réduire : les progrès sont ici plus difficiles et réclament donc une attention particulière et des solutions – solutions techniques, organisationnelles, réglementaires, politiques, comportementales, etc. – plus innovantes ou plus radicales que dans d’autres domaines.


Évolution des émissions de GES par secteur

Enfin, les émissions du transport se répartissent très inégalement entre les modes de transport. Compte tenu de son rôle prépondérant sur le continent européen, la route est la source de 72 % des émissions. Ceci tient aussi à son efficacité énergétique propre, inférieure à celle du chemin de fer, de la voie navigable ou du transport maritime pour le transport de fret en grandes quantités. En termes politiques, on retrouve ici la question traditionnelle du « transfert modal » (de la route vers des modes alternatifs), dont on constate la faible réalisation voire l’échec à ce jour. En conséquence, l’essentiel des réductions de GES dues au transport doit s’effectuer au sein du mode routier lui-même, capable de progrès considérables, sans pour autant négliger les solutions offertes par les autres techniques de transport et par leurs combinaisons intermodales.

Part des différents modes dans les émissions du
transport en Europe (%)

La comparaison des diagnostics et des solutions recherchées dans différents pays d’Europe montre une grande diversité. L’effort de recherche scientifique et technique, ainsi que celui de prévision et de planification, est très inégal. Dans certains cas, les politiques publiques visent à infléchir les comportements des usagers des transports (voyageurs, chargeurs pour le fret), à améliorer l’offre de services et à renouveler le matériel utilisé pour une meilleure efficacité énergétique et environnementale. Dans d’autres, la politique des transports est explicitement couplée à une politique industrielle, pour que l’économie nationale produise au plus vite les matériels nouveaux répondant au souci de diminuer les émissions de GES du transport.

Ces préoccupations sont évidemment présentes au niveau communautaire. En 2010, la communication de la Commission « Europe 2020 : une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive »1 visait, à l’horizon de 2020, une réduction des GES de 20 % par rapport à 1990, la portée de la part des énergies renouvelables dans l’ensemble des énergies à 20 % et enfin une amélioration de l’efficacité énergétique de 20 %. Ces objectifs sont en passe d’être atteints, malgré l’augmentation des émissions du transport.

En juillet 2016, la Commission a publié : « Une stratégie européenne pour une mobilité à faible taux d’émissions »2. Donnant suite à « Europe 2020 », cette communication approfondit les questions liées au transport dans l’ensemble des efforts de réduction des GES. Les points de vue français (avec la « Stratégie nationale bas carbone : SNBC » de janvier 20153 et la « Stratégie de développement de la mobilité propre » de juin 20164) convergent avec ces orientations dont il faut souhaiter la mise en œuvre effective.

Michel Savy

Professeur émérite à l’université de Paris Est

(École d’Urbanisme de Paris, Ecole des Ponts-ParisTech) Directeur de l’OPSTE